Après avoir quitté Okonjima et emprunté la route B1 sur 50 km, nous arrivons à Otjiwarango où nous bifurquons tout de suite vers l’est par la piste D2440. L’état de la route n’est pas mauvais. Nous roulons bien mais mettons quand même 50 minutes pour réaliser les 45km qui nous séparent encore du CCF.(Cheetah Conservation Fund) Et oui, les pistes namibiennes, on n’y roule pas à 120 km/h !

Le CCF est un centre de recherche scientifique et d’éducation qui œuvre pour la conservation des guépards et de leurs écosystèmes. Il a été fondé en 1990 par le Dr. Laurie Marker, une zoologiste américaine. Lorsqu’elle débarque en Afrique du Sud-Ouest (l’ancien nom de la Namibie avant son indépendance en 1990), pour mener des recherches sur la réintroduction des guépards nés en captivité, elle découvre que des centaines de guépards sauvages sont abattus chaque année par les éleveurs pour protéger leurs troupeaux. L’agriculture est en effet un secteur très important pour le pays et le félin a longtemps été considéré comme un prédateur sévère pour l’économie des fermes.
Laurie Marker décide alors de s’installer en Namibie et de fonder le Cheetah Conservation Fund afin d’enseigner au monde comment vivent et s’épanouissent les guépards. En informant les agriculteurs, la population et les enfants dans les écoles, elle espère ainsi faire émerger la possibilité d’une coexistence entre l’humain et l’animal tout en créant un système durable qui protège l’environnement et qui soit économiquement viable.
Cette cause m’ayant touchée, j’ai voulu y faire étape afin de pouvoir y contribuer et constater tout le travail mis en place par la Fondation. Les bénéfices des visites du centre et des différentes activités proposées reviennent ainsi directement à l’Association.
Nous arrivons donc au CCF en début d’après-midi juste avant un moment particulier de la journée pour les guépards. Il s’agit de leur repas ! Rassurez-vous, nous ne servirons pas de morceaux de viande. Nous sommes au contraire très bien accueillis par un bénévole du centre qui nous invite tout d’abord à une première rencontre rapprochée avec les félins.
Nous étions déjà très proches des léopards ce matin lors de la track à Okonjima. Ici, nous fleurtons avec les guépards présents dans l’enclos. C’est fascinant de pouvoir être aussi proches d’eux. Ils sont magnifiques. Nous sommes un peu émus et savourons notre chance. Le staff commence alors a préparé les bols de viande qui seront servis dans quelques minutes. il s’agit la plupart du temps de viande d’âne ou de vache provenant des éleveurs de la région. On nous donne encore quelques explications supplémentaires sur l’alimentation du guépard et la façon dont ceux du centre sont nourris, puis les gardiens de ces gros chats rentrent dans les enclos pour y déposer les bols remplis au préalable. C’est la ruée vers l’or ! Les guépards présents devant nous se jettent sur leur repas avec une avidité et de beaux grognements bestiaux. On perçoit clairement leur instinct de chasseur. Une fois nourris, c’est la sieste et nous profitions alors d’un temps de pose photographie.








Après ce spectacle inédit, c’est à notre tour de manger. Nous profitons d’un délicieux snack fait maison au petit restaurant du centre appelé « The Dancing Goat » ( « La chèvre qui danse » ). Tous les produits et plats qui y sont proposés sont issus de leur ferme et de leur jardin. Du fromage de chèvre, de la feta ou encore des yaourts et glaces au lait de chèvre y sont également proposés. Du frais à savourer ! On vous le recommande !
Le ventre plein, nous embarquons en voiture de safari pour nous rendre au cœur de la réserve et tenter d’observer les guépards dans leur milieu naturel : plus de grillage entre nous ! Notre guide est un vrai puits de science et nous fournit une multitude d’informations sur les félins et leur mode de vie. Nous en avons appris beaucoup. C’était réellement passionnant.
Nous roulons quelques dizaines de minutes quand soudain apparait « Nandi », une superbe femelle présente au centre depuis 5 ans. Sa particularité est sa grande confiance en l’homme. Elle est particulièrement familiarisée avec l’être humain car elle a vécu plusieurs mois comme « animal de compagnie » dans une maison. Ceci est cependant formellement interdit et Nandi grandissant et devenant plus envahissante qu’estimée, son propriétaire a préféré contacter le CCF afin qu’elle puisse être recueillie. Elle n’aurait en effet plus du tout été capable de se débrouiller seule dans la nature, ses instincts primitifs n’ayant pas pu être développés au cours des 6 premiers mois de sa vie. Elle a néanmoins été habituée à être transportée en voiture avec son propriétaire qui l’emmenait partout et la gardait auprès de lui dans son habitation.






Une magnifique opportunité pour nous d’obtenir une proximité inestimable avec cet animal. Toujours depuis notre véhicule, à l’arrêt, elle vient littéralement s’installer à côté de nous. Echange de regards puissant. Cœurs qui battent. Emotions. Un moment unique qui restera gravé dans nos mémoires. Au bout de quelques minutes, elle se lève et va s’installer un peu plus loin. Nous l’observons profiter de sa détente et la laissons à ses rêveries. Notre guide nous emmène alors vers un autre côté du parc, espérant pouvoir nous faire profiter d’une deuxième rencontre. Et par chance, il ne nous faudra pas longtemps avant d’apercevoir Aurora …
Ce guépard est beaucoup plus timide que le précédent et apprécie nettement moins l’approche des humains dont elle reste très méfiante. Ceci s’explique par son histoire : Aurora n’avait en effet que 3 mois quand elle a été capturée par un fermier de la région qui pensait pouvoir ainsi appâter sa mère et l’abattre afin de protéger son troupeau autour duquel elle rôdait depuis quelques temps. La mère n’est cependant jamais revenue chercher son petit qui est resté enfermé dans ce piège pendant plusieurs jours. Ne sachant pas quoi faire avec l’animal, le fermier a néanmoins eu la bonne idée d’appeler le CCF et de le leur confier afin de pouvoir la nourrir et l’aider à grandir au sein de la Fondation. Une vie sauvée.






Dans les deux histoires que nous avons rencontrées au cours de ce drive, nous avons pu nous rendre compte de l’importance du rôle de l’éducation et de l’enseignement que le CCF a pu jouer et comment il a pu contribuer à l’épanouissement et à la survie de Nandi et Aurora qui peuvent aujourd’hui vivre pleinement leur vie.
Après ce bel après-midi auprès des guépards, nous avons pu profiter d’un moment de détente dans notre logement situé au cœur de la Fondation, en pleine nature. Nous avions une très jolie vue sur le Plateau du Waterberg au loin, un autre lieu de préservation de la faune et de la flore très réputé en Namibie tant il abrite un nombre important d’espèces animales et végétales.


Pour notre repas du soir, nous étions conviés au cœur du petit salon-salle à manger de la maison principale. Des plats concoctés avec les légumes du jardin et de l’excellente viande d’une ferme voisine. Nous avons profité d’une ambiance très familiale, particulièrement sympathique : une autre façon de pouvoir contribuer à la préservation de ces fabuleux animaux que sont les guépards.
Le lendemain matin, nous nous réveillons au son des oiseaux de la savane environnante. Un régal. Le soleil se lève gentiment au loin et nous offre un paysage africain dans toute sa splendeur. Nous avions pris rendez-vous avec l’équipe de soigneurs tôt dans la matinée afin de pouvoir profiter d’une dernière activité auprès des guépards : le Cheetah Run. Comprenez la course des guépards.
Ces derniers sont, en effet, reconnus pour être des sportifs hors pair avec une vitesse de course pouvant atteindre jusqu’à 130 km/h pendant 100 mètres. À cette vitesse, on comprendra qu’ils aient besoin d’une demi-heure de récupération avant de pouvoir manger la proie qu’ils viennent d’attraper ! Leur endurance peut être plus importante, mais leur vitesse est alors limitée à 40km/h sur une distance moyenne de +-1500 m. L’antilope devient alors plus performante que lui sur ce point : certaines espèces peuvent en effet courir à 40km/h sur plusieurs kilomètres de distance.
Néanmoins, là où le guépard impressionne encore, c’est avec sa très grande capacité d’accélération, car il peut atteindre 75km/h en seulement 2 secondes. Et c’est justement ce dont allons pouvoir être témoins lors du Cheetah Run où nous nous présentons.
Le principe de cette course n’est pas de faire courir les félins pour le plaisir de mettre leurs exploits à l’œuvre devant les spectateurs, mais bien de continuer à activer leurs instincts de prédateurs qui pourraient avoir tendance à s’endormir à force d’être nourris sans devoir chasser. Cet instinct est pourtant absolument nécessaire pour leur bonne santé, car elle leur permet de maintenir une activité physique suffisante. Nous pénétrons donc dans la plaine où un fil relié à un système mécanique est accroché au sol formant un parcours en rectangle. Quatre belles lignes droites donc autour desquelles est accroché un leurre imbibé de sang animal. Grâce au mécanisme, les soigneurs peuvent activer ce leurre et le faire se déplacer le long des lignes. Après avoir traversé la plaine où courront les guépards juste après, c’est nous qu’on met en cage afin de pouvoir observer les animaux en action en toute sécurité.
Un véritable spectacle plein de puissance. Nous verrons au total 4 guépards se présenter à la course et passer comme des fusées juste devant nos yeux ébahis. Quelle extension dans les mouvements ! Je vous laisse découvrir.











Le leurre une fois attrapé par le guépard (parce qu’il l’attrape à chaque coup. C’est sûr !), le soigneur prendra bien soin de fournir un vrai morceau de viande au félin qui vient de donner beaucoup d’énergie, et ce, non en lui donnant à la main, mais bien au moyen d’une grande cuillère avec un long manche en bois. Cet ustensile est indispensable pour que l’animal puisse faire la distinction entre « sa proie » (le morceau de viande dans la cuillère) et l’homme qui le nourrit. L’accessoire lui permet de ne pas relier la main de l’homme à la viande qu’il pourrait alors confondre avec une proie. La cuillère crée une distance et donc une séparation dans la tête de l’animal.






Heureux de nos apprentissages sur ces beaux félins, nous devons néanmoins nous résoudre à quitter l’équipe du CCF pour poursuivre notre route. Cette étape restera inoubliable, mais d’autres aventures nous attendent : nous nous mettons maintenant en route pour le célèbre Parc National d’Etosha…
Je vous donne rendez-vous dans le prochain article pour découvrir ce que nous avons pu y trouver au détour des pistes.
À bientôt !
Aurélie